Pour un voyeurisme équitable
Le 12/09/2011
La parution du livre de Sophie Fontanel, dans lequel elle révèle son abstinence sexuelle, fait grand bruit. Tout le monde a une opinion sur le sujet et semble être rassuré de voir que les périodes d’abstinence plus ou moins voulues ne sont pas des anomalies. Pourtant, mécaniquement, on peut difficilement avoir une affection durable pour un ou une partenaire. Quel que soit le type de rapport pour lequel on opte (d’un soir ou d’une vie), il est acquit que rien ne dure, ni la vie ni le désir. Et c’est précisément cette fragilité qui alimente si magnifiquement le désir. Autrefois, guerres et grossesses fatales régentaient le rapport à l’autre et le mariage ne durait en moyenne que sept ans, maintenant c’est tout un panel de raisons qui nous laisse abstinents plus ou moins longtemps (absence d’opportunités, d’ouvertures, de connexions, etc.).
Nous voilà toutes presque rassurées.
Ce qui m’étonne, c’est plutôt le déferlement de témoignages et d’avis des médias : je retrouve quelque chose de similaire, dans son principe, à la façon dont les mêmes protagonistes avaient discouru par le menu moult détails croustillants et obscènes de l’affaire DSK.
Voilà deux affaires qui semblent démontrer que nous partageons tous la même paraphilie (comportement sexuel qui échappe à la norme) : le goût profond du voyeurisme, même lorsqu’il n’y a rien à voir.
Car il y a bien une forme de délectation, de « presque jouissance » à discourir des intimités des uns et des autres sans contact direct, à observer la situation de loin, par le petit trou de la serrure que nous offrent les médias. Dans la langue française, ce doit être pratique courante depuis bien longtemps, puisque c’est dans notre langue que le reste de l’Europe s’exprime (Voyeurism en anglais, Voyeurismo en espagnol, Voyeurismus en allemand, etc.). Ce brigandage visuel fait écho à une autre paraphilie que nous poussons à l’extrême celle de l’exhibitionnisme (les acteurs et chanteurs américains sont leaders en la matière : des sextapes aux paroles de chanson, tout est livré de leurs goûts privés, toutes les émissions de télé-réalité font le reste).
Nous voilà hommes et femmes égaux et riches de deux paraphilies, et là où certains se plaignent d’une forme de pornographie, j’aime, moi, l’entendre comme une bonne nouvelle, et comprendre que nous sortons ainsi des sentiers battus et allons chercher la parité là où elle se trouve : partout, à condition de s’en saisir par le goût et par la force.
Mais, gourmande de nature, je réclame plus encore : donnez-nous à voir des hommes nus là où on ne voit que des femmes (publicités, arts & spectacles, …), que les informations nous parlent aussi des hommes violés (puisque la pratique est courante dans les pays en guerre) et que des hommes partisans de l’asexualité (ceux qui choisissent de ne pas faire l’amour) dissertent à leur tour sur leurs choix.
Et je pourrais ainsi vous dire, ici même, « ça y est, nous aussi on en a plein la vue ! »
Sophie Bramly






Commentaires (5)
Je n’ai plus de pensées érotiques, je n’ai d’ailleurs jamais eu d’autre fantasme qu’un couple classique avec des enfants, sans probleme sexuel. J’étais le genre de femme et même de jeune fille, en qui les hommes voyaient juste leur fallus en érection… Donc, on aimerait bien aussi être reconnues, celles qui n’ont pas de problèmes avec leur sexualité et pour qui ne pas faire l’amour et la solitude n’angoissent pas. Pourquoi toujours tout mesurer sous la ceinture des hommes ? Monter un peu au dessus ne ferait pas de mal, dans ce pays machiste auquel les femmes n’ont de cesse de faire bander avec docilité. Gratuitement bien sûr !! On a aussi peut-être envie de vivre notre féminité en paix, sans avoir à nous coltiner le poids de la libido masculine si encombrante et de leur expliquer comment se contrôler. Le temps d’éduquer et de responsabiliser les hommes quant à leur libido et à la procréation est venu !! Allons-y, éduquons les garçons à l’égalité sociale homme femme dès l’enfance plutôt qu’à l’égalité sexuelle puisque nous ne sommes pas égaux : une femme qui couche tombe plus souvent amoureuse qu’un homme pour lequel le sexe peut n’être qu’une fonction physiologique…
@Sylvia
Donc, pour résumer (je respire profondément) :
1) Les hommes ne sont que des obsédés sexuels
2) Les femmes ne sont pas des obsédées sexuelles
3) Le pénis ne pense qu’à pénétrer des orifices
4) Le clitoris ne pense pas - et ne sert à rien
5) Il faut d’urgence une police (féminine) de la libido masculine, puisque...
6) Les femmes rêvent d’un monde où les relations sexuelles appartiendraient à l’histoire comme d’un véritable cauchemar.
Des nichons pour ces messieurs, des bébés comme ces dames, une réhabilitation de la morale contre les pulsions libidinales (masculines, bien sûr), des généralités à la tonne (homme-sexe, femme-amour, c’est comme ça, tout le monde le sait) et voilà , on a cette égalité homme-femme à laquelle aspirait si puissamment de Beauvoir quelques décennies passées... Un homme nu, ça ne vous dit vraiment rien ? Non ?
D’accord avec le monsieur parfois nu : j’espère que c’était de l’ironie, le commentaire de Sylvia, parce que si j’étais un homme, je serais assez outré ! Comment en arriver à une égalité des sexes si on condamne la libido masculine d’un côté et réprime celle des femmes de l’autre ? Et si on se retrouvait pour s’envoyer en l’air joyeusement, dans le respect et la complicité ? Le déséquilibre libidinal des hommes et des femmes relève de la légende. Il n’y a pas de sexualité masculine et féminine spécifiques ; pareil pour les fantasmes. Les femmes sont aussi chasseuses que les hommes des proies. Les femmes ont même un avantage sexuel de taille : le clitoris. Les bêtes de sexe, c’est peut-être nous ? Maintenant qu’on sait ça, pour ne pas prendre son pied plutôt que de se prendre la tête ?
alors parler de viols au JT, vous le voyez comme une formidable occasion, à encourager, d’exercer sa "paraphilie" ? Ca me pose comme un problème...
Dans un couple, imposer l’abstinence sexuelle à l’autre me semble relever d’un état psychique tout aussi pervers et pathologique que celui qui mène à imposer des relations sexuelles à l’autre... Qu’en pensent les sexologues ?