"A dress is not a yes"
Le 14/08/2026
Par quoi passe le consentement, dans la tête des hommes ?
Comme si #MeToo n’avait rien changé, certains hommes accordent davantage de poids à la tenue des femmes qu’à leurs expressions faciales lorsqu’ils évaluent leur intérêt sexuel.
Une étude menée par des chercheurs de l’université Johannes Gutenberg de Mayence en Allemagne et récemment publiée dans les Archives of Sexual Behavior montre que les hommes ont tendance à mal interpréter l’intérêt ou non d’une femme. Si elle est sexy, ou en tenue peu couvrante, c’est qu’elle est désirante.
Dans des situations sociales, les individus doivent traduire 2 types d’indices, les généraux (attrait physique, comportement, tenue vestimentaire...) et les spécifiques (liés à un moment particulier, à une personne en particulier). Les hommes qui se concentrent sur l’attrait physique d’une femme, en ignorant ses expressions faciales désapprobatrices sont répertoriés par les psychologues comme ayant une tendance de « recours excessif aux indices globaux ». Ils privilégient alors des indices qui correspondent à leurs propres attentes sexuelles, ce qui peut les conduire à supposer qu’une femme est réceptive à leur approche alors qu’elle ne l’est pas.
La faim, comme l’excitation sexuelle, peut modifier la manière dont nous traitons l’information. Les chercheurs s’intéressent ici à ce que les psychologues appellent les “états viscéraux” : des états corporels intenses susceptibles de modifier nos décisions et notre attention. Au moment d’une pulsion physique intense, une partie de l’attention semble se déplacer vers les stimuli susceptibles de procurer une gratification immédiate. Dans un état d’excitation sexuelle, les objectifs internes peuvent ainsi prendre le pas sur certaines informations visuelles envoyées par l’autre personne.
Les chercheurs auteurs de cette étude (une précédente en 2024 portait déjà sur cette même idée, avec 79 hommes) ont souhaité vérifier s’il était possible de mesurer le comportement des homme vis-à-vis de ces indices globaux et comment les états d’excitation sexuelle pouvaient amplifier ce biais. 284 hommes ont participé à cette nouvelle expérience (87 % se sont identifiés comme exclusivement hétérosexuels), en ligne, à partir de photographies de femmes en tenues sobres et en tenues sexy, avec des expressions faciales séductrices ou hostiles. Les hommes avaient 2 secondes pour sélectionner l’image de la femme qui leur semblait la plus susceptible de leur faire des avances.
Dans les essais à faible conflit, les indices visuels correspondaient aux attentes stéréotypées : si une femme minaudait en tenue sexy, et une autre se montrait franchement hostile, dans un vêtement camouflant son corps, les participants n’avaient pas de souci à trouver la bonne réponse.
Lorsque les visuels envoyaient des messages à priori contradictoires, ce que les chercheurs appellent des scénario à fort conflit, (Femme A : tenue sage + expression séductrice. Femme B : tenue sexy + expression de rejet),
Qui fait des avances ? Deux secondes pour répondre. C’est précisément là que les choses se compliquent.) vêtue de manière provocante qui affichait une expression de rejet, le taux d’erreur a augmenté.
Les résultats ont été particulièrement troublants lorsque les participants étaient sexuellement excités : ils avaient davantage tendance à choisir la femme en tenue provocante qui les rejetait, sans percevoir que la femme en tenue sobre était demandeuse.
Les chercheurs ont également mis en évidence une relation solide entre les performances des participants à la tâche et les traits de personnalité qu’ils ont eux-mêmes déclarés. L’équipe a identifié un ensemble de caractéristiques qu’elle a qualifié de "facteur de manipulation, d’exploitation et de désinhibition sexuelles”. Les hommes obtenant des scores élevés sur ce facteur, ainsi que ceux faisant preuve d’un fort sentiment de droit sexuel, étaient particulièrement enclins à commettre des erreurs lors des essais à fort conflit lorsqu’ils étaient en état d’excitation.
Ces résultats montrent qu’un état d’excitation sexuelle peut perturber la capacité d’une personne à interpréter correctement les signaux sociaux directs. Au lieu d’interpréter l’expression faciale d’une femme, les hommes en état d’excitation présentant des traits de personnalité manipulateurs ont tendance, par défaut, à privilégier les tenues vestimentaires qui correspondent à leurs objectifs sexuels immédiats. Cet état viscéral d’excitation ne fait en réalité qu’amplifier leurs préjugés préexistants.
Ils ont concédé que leur expérience n’était pas infaillible : il est possible que la fatigue ou l’impatience aient contribué à des erreurs. Par ailleurs les participants ont été recrutés sur le web, dans des sociétés occidentales, riches et démocratiques. La méthode pourrait ne pas refléter le comportement masculin dans son ensemble.
On ne peut s’empêcher de voir un éclairage expérimental aux affaires de harcèlement ou de viols, car longtemps on a fait porter une certaine responsabilité aux femmes en tenues jugées trop courtes.
L’étude ne permet évidemment pas d’expliquer à elle seule les errements des policiers ou des juges dans ce type d’affaires. Mais elle donne une assise expérimentale à quelque chose que les victimes savent depuis longtemps : une tenue peut être regardée, désirée, interprétée.
Elle ne parle pas à la place de celle qui la porte.
Étude : “A Dress Is (Still) Not a Yes : How Even Simple Key Presses Reveal Sexually Aroused Men’s Overreliance on Global Cues in the Context of Sexual Flirting,” (Une robe ne signifie (toujours) pas « oui » : comment même de simples pressions sur une touche révèlent que les hommes sexuellement excités s’appuient excessivement sur des indices globaux dans le contexte du flirt sexuel) de Ingo Landwehr, Katrin Landwehr, et Alexander Schmidt.





