La cougar

Le 21/07/2011

"Je verrouille la porte. J’enlève ma culotte. Je crois que je vais exploser. Je me déchausse. Je pose mes pieds nus sur le carrelage blanc. Le sol est froid, glacé. Mes jambes, sous la caresse de ma robe d’été, tremblent un peu …

La chaleur est presque insoutenable. Je jette un coup d’œil, renifle. Tout est bien propre. Une chance… Au dessus de ma tête, un petit vasistas entrouvert donne sur l’immeuble d’en face. J’ignore si l’on peut m’y voir mais qu’importe… L’excitation est trop forte ! Je descends les bretelles de mon haut. Dégrafe mon soutien-gorge. Mes seins se dévoilent… Gros, avec des mamelons épais, superbes... J’imagine tout de suite les lèvres d’un homme en train de les sucer. Je ferme les yeux, je me projette la scène. De grandes lèvres charnues, une langue brûlante…

De ma peau bronzée la sueur s’épanche, dégouline le long de mon corps, ruisselle entre mes cuisses. Je la bois quand je me mords les lèvres. Je lâche les vannes. Je m’abandonne définitivement.

Ayant empoigné ma poitrine, je la pétris avec vigueur. Comme si d’autres mains que les miennes m’appliquaient ces caresses. Je pense à des regards. A une voix que je connais bien. A celui qui m’a poussée, sans le savoir, dans cet ultime retranchement.

Probablement se trouve-t-il dans son bureau en train de travailler. Et moi qui suis là à me tordre de désir pour sa petite personne… Charmant tableau ! Je suis trempée. O délices ! Je ne sais plus où je suis. Ni qui je suis. Je n’existe plus qu’en tant que sexe, qu’en tant qu’organe désirant. Que femme-femelle en chaleur. Ma personnalité s’abolit, se dissout dans le grand creuset sensuel où mes hormones à la dérive entrent joyeusement en fusion. Sous mon pauvre crâne tourneboulé les bulles du désir éclatent et mes oreilles crépitent comme si mes tympans, à cause du feu qui me brûle, se liquéfiaient, bouillonnaient. Quel délire !

Je glisse mon index entre mes cuisses. Aussitôt l’ampleur de mon émoi se révèle. On peut s’en raconter tant qu’on voudra, la vérité jaillit toujours de l’analyse sensible. Moi, ma vérité, c’est que je suis rendue au dernier degré de la folie lubrique. J’ai beau me voiler la face depuis quelque temps, cette dissimulation n’a servi à rien. Le leurre vient de se briser devant mes yeux. Ou plutôt sous mon doigt.

J’ai quarante-sept ans, je n’ai pas baisé depuis neuf mois, et voilà qu’aujourd’hui la nature se venge. Qu’a-t-elle à faire, elle, de ma carrière, de mes sacrifices ? Telle une mère autoritaire, elle me rappelle à l’ordre. Si je possède un sexe c’est pour m’en servir. C’est pour y recevoir le sexe d’un homme. Et en voulant me soustraire à cet impératif je me suis condamnée. J’ai préparé moi-même l’instrument de mon supplice. Voilà ma punition. Obligée de m’enfermer dans les toilettes pour me masturber !

Si on m’avait dit ça il y a quelques mois…Mais je ne peux pas m’en empêcher. C’est comme si j’allais mourir et que par un réflexe biologique ce remède salutaire s’imposait à mon corps. Mon index fouille entre mes grandes lèvres. Je les écarte finalement avec deux doigts. Je veux enfoncer tout ce que je peux dans mon trou. Il est étroit. L’introduction d’un doigt me soulage. Deux bientôt peuvent y prendre place. Je les fais aller et venir en pensant à lui…

Petit imbécile ! Ne pouvais-tu pas te dispenser d’embraser ma libido ? Éteinte, débranchée, hors service, celle-ci me laissait tranquille. Si tranquille ! Et, maintenant… maintenant je ne pense plus qu’à toi. Qu’à te forcer. Qu’à t’arracher à ta timidité naturelle. Qu’à t’emmener dans la jungle de mes fantasmes. Qu’à t’initier aux arcanes les plus secrets de la sexualité féminine.

T’a-t-on déjà pipé à mort, petit coquin ? T’a-t-on déjà chevauché à t’en déraciner la queue ? Et est-ce qu’une femme, est-ce qu’une femme t’a déjà ordonné…de la lécher ? Oui, est-ce qu’une femme s’est déjà campée devant toi, a relevé sa jupe, a écarté sa culotte et t’a dit d’un ton qui ne souffrait pas l’opposition : « viens, bouffe-moi ! »

Eh bien, moi, je te le dis. Nous sommes dans mon bureau, mon petit cœur, tu m’apportes un énième compte rendu, tu trembles un peu dans ton costume bleu marine, tu me parles en bredouillant, tu crains on ne sait quel reproche de ma part. Il est tard, les autres collaborateurs sont partis, nous sommes seuls toi et moi. Je suis debout, mes fesses sont posées sur le meuble, je bascule, et mes cuisses s’écartent, et ma culotte se dévoile, et je prononce la phrase sacramentelle : « lèche-moi ». Tu restes en arrêt, pétrifié. Je réitère l’ordre. Et voilà que tu t’approches et que tu t’agenouilles. Et je sens tes lèvres baiser mes cuisses et ta langue sinuer sur ma peau, en spires déférentes et mouillées. « Arrache-la ! »

D’un geste rapide tu déchires ma culotte. Ta tête s’enfonce dans mon con. Mes sécrétions ne tardent pas à inonder ton joli minois. Au milieu de ce déferlement, ta langue s’insinue, ta bouche m’aspire. Tu ronronnes, ah... « Plus haut, mon petit chat, plus haut… » Parfait. A présent tu lèches mon clito. Dans l’autre espace-temps, derrière la porte des toilettes, sous le vasistas, je me caresse de plus en plus furieusement. Je fourre en moi ma main entière ! Est-ce possible ? Suis-je désaxée à ce point ? C’est comme si tout mon ventre avait atrocement besoin d’être comblé. Je te sens tout chaud, mon chéri, passer et repasser sur mon bouton, le titiller, le presser, le téter. Ruisselante, gluante, ma main s’extrait de mes entrailles. Je me mets à me triturer la dragée.

L’effet est immédiat. Aussi quel scénario ! Toi, de vingt-cinq ans plus jeune, me mangeant la yoni avec avidité, moi retroussée, impudique, chienne en chaleur qui t’encourage, cette pièce où n’importe qui pourrait entrer et nous découvrir... Ah, c’est trop, beaucoup trop… »

Treize heure quarante-cinq. La pause-déjeuner s’achève. Dans un couloir, alors qu’elle regagne son bureau, une voix lui parvient. Le petit stagiaire court après elle…« Madame la directrice, les chiffres du mois de juin… » Elle ne prend pas la peine de s’arrêter. Lance, avec hauteur : « plus tard, Eric, plus tard… » et tourne dans une autre direction. Et tandis qu’elle s’empare de son BlackBerry pour répondre à un appel, formule cette promesse : « ce soir, mon biquet, c’est décidé, je te coince ! »

Axelle Rose

Commentaires (2)

  • Un jeune homme

    Je m’ennuyais de Axelle Rose, pour moi la meilleure plume de fiction de ce site. Qui fait mouche à tous coups. Et qui exprime le désir féminin de manière on ne peut plus inspirante. Et fort heureusement, loin des clichés (soporifiques) de la femme à l’imagination limitée, préfabriquée, et romantique (quel est votre définition du romantisme, s’il vous plaît, madame ?) qui ne mouille que des yeux. Quand je serais vraiment grand, j’espère pouvoir rencontrer une femme qui échappe aux stéréotypes prévisibles dont les médias font leurs choux gras, un être humain qui saura me captiver et m’envoûter, sexuellement et philosophiquement, avec humour et perspicacité... Décidément, Axelle Rose, je t’aime.

  • Une femme de moins en moins jeune et fort contente de cela

    Cher Jeune homme,
    Je comprends bien votre enthousiasme. A l’exception de votre remarque sur le romantisme qui n’a rien à faire ici, je partage à peu près votre point de vue. Je vous souhaite surtout que vous croisiez un jour une femme qui vous envoûte de la même manière...


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